Idées noires

Idées noires
Tout n'est pas toujours très beau dans la vie ...
Pour certaines personnes, il n'y a rien de beau dans la vie. Du moins rien d'assez beau pour les retenir. Alors elles décident de laisser cette vie derrière elles, ou bien de voler celle des autres ...

Voici plusieurs nouvelles pleines de vérité...

# Posté le dimanche 22 avril 2007 14:57

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 18:26

Alptraum

Alptraum
Alptraum
pour ceux qui ne parlent pas allemand
"cauchemar"

Un an que ça dure. Un an que je rentre tous les soirs la peur au ventre. Un an que ce salaud s'est installé chez nous.

Il y a deux ans, alors que j'avais 13 ans, j'appris la mort de mon père. Après des mois de deuil, ma mère et moi avons essayé de nous reconstruire ; et soudées comme nous l'étions, ce fut plus facile que l'on pourrait penser. Malgré l'amour qu'elle éprouvait encore pour mon père défunt, elle a même recommencé à fréquenter des hommes. Je n'avais rien contre, j'étais même heureuse que cet évènement n'est pas détruit sa vie. Jusqu'à ce qu'elle rencontre « l'homme de sa vie ». Un certain Romain. C'était il y a un an, ma mère m'annonça que cet homme allait vivre avec nous. Je l'avais déjà vu : il avait été gentil avec moi. Et il s'en tint là pour les mois qui suivirent.
Mais un après-midi ... ah oui, ce fameux après-midi, cet après-midi où Romain a découvert qu'en l'absence de Maman il avait tout pouvoir sur moi.
C'était les vacances. Je restai une semaine seule, car mes deux parents travaillaient. Mais la deuxième semaine, Romain se proposa pour me garder. Dès les premiers jours, une tension s'installa : je jouais l'ado rebelle et lui le père autoritaire. Un très mauvais mélange. Après m'être disputé avec lui, je montai les escaliers bruyamment et m'enfermai dans ma chambre en claquant la porte. Je mis la musique à fond, ce qui ne plut apparemment pas à Romain. Il frappa avec force. J'entrebâillai à peine et affichait un air insolent, puis ajoutai un « Quoi ? » appuyé pour bien marquer le coup. Pour toute réponse, son poing m'envoya voler au centre de la pièce. Il ouvrit la porte en grand et siffla entre ses dents :
- Petite garce ...
Ses phalanges avaient rencontré ma pommette ; la peau à cet endroit était déchirée. Du sang coulait sur mon menton, sur mes doigts, sur le parquet. Il s'approcha de moi, menaçant. Alors que je me relevais avec difficulté, attendant le prochain choc, contre toute attente il me tendit la main pour m'aider à me remettre sur pieds. Je retins un soupir de soulagement, trop contente qu'il s'arrête là. Je n'eus pas le temps de voir son genou arriver. Le souffle me manqua alors qu'il me frappait au ventre. Je voulais vomir. Mon cerveau ne travaillait plus que pour analyser les SOS de douleur en provenance de toutes les parties de mon corps. Il se mit à me ruer de coups de pied et de poing, sans discontinuité. Je m'aperçus avec horreur que je crachais du sang. J'eus la force de me protéger derrière ma couette maculée d'une tâche rouge sombre, alors que venait un énième coup de pied vers mes côtes. Sa basket dérapa et il manqua son but. Cela eut pour effet de stopper la pluie incessante qu'il m'infligeait depuis bientôt cinq minutes. Il me regarda longuement puis, constatant qu'il s'était assez défoulé, il recula jusqu'à la porte et chuchota :
- C'est fou ce que les escaliers sont dangereux ! En tout cas bien assez pour blesser une pauvre fille de 14 ans !
Il plaça un doigt devant ses lèvres, puis le passa lentement sur sa gorge. Message compris : soit je ne disais rien, soit il en finissait avec moi. Je déglutis avec peine mais réussis à crier :
- Maman s'en apercevra, connard !
Ma remarque m'attira un coude dans le nez qui me fit saigner, rajoutant une couche à la croûte sombre qui s'était déjà formée sur mes lèvres. Tout à son heure de gloire, Romain ne put s'empêcher d'ajouter :
- Ici, elle ne voit que moi ! Tu comprends, que moi !
- Salaud, glapis-je, puis je me recroquevillai, attendant un coup qui ne tarda pas.
Puis il partit. Comme ça, sans ajouter un mot. Un silence de mort s'abattit sur la pièce. Je passai mes doigts sur mon visage ensanglanté. Chaque point était sensible. Je poussai un gémissement qui se transforma bientôt en pleurs convulsifs. Mes épaules se secouèrent au rythme d'un sanglot incontrôlable. Tout mon corps s'affaissa et le tapis recueilli en plus de mon sang des larmes salées. Je ne comprenais pas ; je ne comprenais plus rien.
Le soir, alors que ma mère rentrait, j'assistai en silence dans la cuisine à l'échange entre ma mère et Romain, la première demandant à l'autre de lui fournir une explication à mon état et mon beau-père mentant sans vergogne. Maman se plaignit que Romain ne me surveillai pas assez, et celui-ci répliqua l'½il mauvais :
- Ne t'inquiète pas, Evelyne, je la surveille de près ...
Maman ne saisit pas le sous-entendu et continua à désinfecter mes nombreuses plaies. J'étouffai un grognement douloureux lorsqu'elle passa sur ma joue. Mais la véritable douleur résidait à l'intérieur de moi. Car, malgré tout, je ne pus que constater la véracité des paroles de mon tortionnaire : ma mère ne voyait rien. Enfin, une opportunité se présenta. Ce même soir Romain partit à la déchetterie. J'interpellai Maman qui s'apprêtait à sortir de la cuisine.
- Oui ? s'enquit-elle en se retournant à moitié.
- Eh bien, tu sais Romain ...
Des étoiles dansèrent dans ses yeux à l'évocation de son amant. Elle l'aimait tant ... Si je gâchais leur amour maintenant, je gâcherais aussi tout le temps qu'elle avait passé à tenter d'oublier Papa.
Maman déclara d'un ton apaisant :
- Je ... je sais que en ce moment entre toi et Romain ça ne va pas fort ... mais sache qu'il est extrêmement bon et attentionné et ... malgré l'amour qui me reste envers Philippe, je dois reconnaître que le fait qu'il nous ait quitté m'a permis de rencontrer cet homme ...
Je détournai le visage pour masquer les larmes qui roulaient sur mes joues. Ma mère tenta de se rattraper :
- Enfin non, c'est pas ce que je voulais dire ...
Je m'enfuis vers ma chambre avant qu'elle puisse en rajouter. Ses paroles m'avaient fait l'effet d'un couteau planté dans le c½ur. La voilà, la vérité ! Elle était contente que Papa soit mort. Con-tente !! « Bon et attentionné » ... Pff ! Je fus secouée d'un rire nerveux qui se calma vite faute d'énergie pour l'alimenter. J'étais vide. Je repensai à la menace de Romain et un frisson me parcourut le dos.
Comme je m'en doutais, mon beau-père recommença à me battre le lendemain, et les jours qui suivirent. Il veilla à ce que cela ne ce voit pas trop. Mes plaies béaient mais ma mère restait aveugle au supplice que j'endurais. J'étais décidée à ne rien lui dire, autant par peur que par pitié pour elle. J'eus un reste d'espoir lorsque les vacances prirent fin. Mais lorsque je rentrais de cours, il m'attendait à la maison. Tout en sadique qu'il est, il attendait que je goûte et que j'ai fini mes devoirs ; puis il faisait irruption dans ma chambre pour me frapper. J'avais bien essayé de m'enfermer à clé, mais une simple serrure ne résistait pas à Romain en colère. Il continua ainsi, soir après soir, coup après coup ...

A présent j'ai 15 ans. Depuis un mois. Mais je suis toujours aussi impuissante sous son poing. Comme d'habitude, je rentre de l'école, j'ouvre la porte sur le visage moqueur de Romain en slip. Mais que fait-il donc dans cette tenue ? Je lui passe devant sans mot dire. Une main se pose sur mon épaule ; j'accélère, l'estomac noué. J'espérais de tout c½ur qu'il ... non, il n'en serait pas capable, il n'oserait jamais. Mais pendant que je goûte, il me tourne autour comme un vautour affamé et mon doute croit sans cesse. La tartine recouverte de Nutella glisse très mal dans ma gorge serrée. Une fois le goûter fini, je m'éloigne les jambes tremblantes.
Bien que je m'y attendais, je pousse un cri lorsque ses bras m'enserrent lentement et que je sens son pénis en érection dans mon dos. Je me débats faiblement, sachant d'avance que contre lui je ne vaux rien. Ce que je redoutais se confirme : cet enfoiré allait me violer. Moi ; sa belle-fille. Une envie de vomir monte en moi alors qu'il me retourne face à lui. Je ferme les yeux pendant que ses doigts se débattent contre le lacet de ma chemise.
Je frissonne quand le froid durcit mes mamelons. Romain passe sa main sur ma poitrine à moitié dénudée. Je veux hurler le nom de ma mère, mais seul un gémissement franchit mes lèvres. Il se méprend sur la raison du cri plaintif et reprend avec plus d'ardeur ses caresses. Je réprime un sanglot et tente de toutes mes forces de m'évanouir, de m'endormir ...
Ses doigts descendent, mon corps réagit et il n'en est que plus excité. Mon esprit cherche une solution, mais mon cerveau est glacé et figé à l'intérieur de mon crâne. Soudain, un éclair de lucidité me projette l'image du couteau reposant sagement sur la table. Est-ce que j'oserai ... ? Non. Je ne peux pas. Je me plaindrai à la police, mais je ne tuerai pas.
J'étouffai un cri alors que ses mains explorent les secrets de mon entrejambe. Je lance mon bras derrière. Oui, la table est là. Mes doigts tâtonnent avec espoir. Je rencontre divers objets inutiles. Je feins l'immobilité tandis que ma main arpente discrètement toute la surface et que Romain s'excite tout seul. Soudain, je le sens sous mes doigts. Du métal. Froid. Ramasser. Tuer.
La lame n'est pas très longue. Je n'eus pas le plaisir de la voir ressortir de l'autre côté de son dos. Qu'importe. Le sang gicle déjà bien assez.
Figé dans une posture étrange voir comique, Romain contemple en silence le manche noir dépassant de la plaie sur son torse. Puis il s'effondre. Sans un cri. Sans même un gémissement.
Et seulement maintenant, alors que mes mains recueillent le sang qui s'écoule de la blessure mortelle, je prends conscience que je viens de tuer quelqu'un. Qui le méritait. Mais un homme malgré tout. Avant d'avoir eu le temps d'analyser toutes les données qui parviennent à mon cerveau, un bruit familier se fait entendre. La porte d'entrée qui s'ouvre. Maman.
Lorsqu'elle arrive dans la cuisine, elle se met à hurler. Elle hurle mon nom, celui de son mari et celui du Seigneur. Le mien parce que je suis nue sur le carrelage de la cuisine avec du sang sur les doigts et du Nutella autour de la bouche. Celui de Romain car son corps livide ne fera plus jamais danser des étoiles dans ses yeux. Celui du Seigneur car, malgré nos supplications, Sa bénédiction n'atteint les frontières de notre univers à elle et moi ...

# Posté le dimanche 22 avril 2007 15:11

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 18:28

Axelle

Axelle
Je dédie cette nouvelle à mon jumeau Jessica... ;)

AXELLE

Rien, rien, dans la vie, ne peut préparer à la perte d'un être cher.
Rien n'est comparable au sentiment d'abandon et de vide qui grandit au creux du ventre et envahit tout le corps jusqu'à toucher le c½ur, le déchirer, le transpercer, le briser ...

Penchée sur ton corps, mes yeux fatigués d'avoir trop pleuré, je serre tes mains comme je le faisais lorsque tu étais triste et que tu te tournais vers moi pour que je te console.
Ton visage paisible ne laisse pas imaginer ce que tu as dû ressentir avant de mourir, ce que j'ai compris dans les derniers mots que tu as prononcés à mon intention :
« La vie ne tient qu'à un fil, et c'est avec ce fil que l'on construit ses rêves... »
- Mais le fil qui retient ma vie vient de perdre la base à laquelle il était solidement ancré... je murmure d'une voix étranglée.
J'imagine ta bouche desquelles sont sorties tant de vérités me dire que se noyer dans le malheur ne mène à rien... Tu as toujours eu ce côté philosophe qui faisait de toi ma source de bonheur. Toi qui me soutenait de tes phrases si justes, qui me plaçait sur une montagne d'amour et me permettait de voir la vie de plus haut...

A quoi sert-il de se bloquer dans le passé et de ne plus vouloir ouvrir les yeux sur l'avenir ? me demandent tes lèvres closes.
A me maintenir en vie, je pense. A retarder ce poison qui lentement dévore mon c½ur et y laisse des trous béants que ta vision optimiste du monde ne vient plus remplir.
Mes doigts se portent d'eux-mêmes sur le petit harmonica bleu vif qui repose sur la table à côté de ton lit. Ma peau effleure sa surface. Depuis que tu n'en fais plus sortir les mélodies enjouées qui trottent dans ma tête comme une musique lointaine datant d'un temps révolu, il semble froid et mort, comme tes mains en cet instant.

Pourquoi est-ce seulement maintenant que je comprends ce que tu as tenté de me dire pendant seize ans ? Mourir n'est pas la fin, c'est seulement une nouvelle épreuve que l'on doit affronter seul... Mais, conçois-tu Axelle, que j'ai peur que cette épreuve soit trop dure pour toi ?
Bien que je sache que ce que tu me répondrais, je te l'avoue : je regrette. Je regrette de n'avoir pas été là plus tôt, et de n'avoir pût être près de toi que quelques secondes avant que ton esprit s'enfuit de ton corps malade. Je crains que mon âme blessée garde une si grande cicatrice que jamais plus elle ne puisse accueillir joie, amour ou bonheur en son sein.

Je presse mes lèvres contre le métal et l'harmonica bleu vif chante cette chansonnette qui résonnait le soir dans la maison, lorsque tu étais mélancolique et que seule la musique pouvait te rendre le sourire. Nous te laissions faire, maman et moi, et il nous arrivait de nous taire pendant une minute et de respirer la fraîcheur de tes notes.
J'arrête soudain de jouer : je me rends compte que je ne connais pas la fin ; tu n'as pas eu le temps de me l'apprendre. Une perle solitaire glisse le long de ma joue. En elle s'échappe un peu plus de moi-même. Je serre le petit instrument dans mon poing, espérant peut-être qu'un peu de toi était resté en lui et qu'il viendrait m'habiter et me soutenir devant la perte de ma jumelle.

Un furtif brouillard voile un instant mes yeux. Voilà six jours que je ne mange pas. Je dors à n'importe quel moment de la journée, quand la fatigue a raison de ma volonté de rester éveillée à observer tes yeux clos pour l'éternité.
La maladie a creusé tes joues. Ton visage angélique a conservé sa beauté mais ta peau est d'un blanc nacré étrange et tes traits sont tirés. J'ai mal pour toi. J'ai tellement mal ...

Je crois que je n'ai jamais vu que ton visage dans mes rêves les plus beaux. Enfin, non, pas depuis toujours. Seulement depuis la mort de maman. Papa n'était pas là quand elle a pris la voiture de plein fouet. Papa n'était pas là quand j'ai commencé à me droguer, c'est toi qui as rallumé l'étincelle dans mes yeux, tes mots faisant naître une vision nouvelle du monde. Papa n'était pas là lorsque tu nous as quitté il y a quelques heures...

J'ai froid. J'ai froid à l'intérieur de moi.
J'affiche un maigre sourire, pour la première fois depuis des semaines. Je me couche lentement à tes côtés, sans défaire les couvertures, et presse ton corps qui semble si fragile contre le mien. L'harmonica bleu vif est blotti dans une de mes mains, l'autre saisi tes doigts froids avec amour. Mes yeux s'emplissent de larmes de bonheur. Mon estomac se dénoue enfin, ma gorge se desserre, je suis près de toi, Axelle...
De mes lèvres entrouvertes s'échappe un soupir qui vient lentement balayer tes fins cheveux. J'entends au loin le chant d'un harmonica, un air familier, ton appel de Là-haut.

Ca y est, je te sens, tu es là, tu es partout, partout flotte ton âme imprégnée de douceur pure. Ca y est, je vais pouvoir valser sur les chemins du royaume de l'Eternel avec toi jusqu'à la fin des temps... Je t'aime, Axelle.

# Posté le mardi 13 novembre 2007 12:17

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 18:01

Nothing to lose

Nouvelle associée au clip "Nothing to lose" de BILLY TALENT

NOTHING TO LOSE

J'observe distraitement la flaque d'eau à mes pieds. La surface miroitante troublée par la légère brise me renvoie le reflet d'un pâle visage, à peine visible derrière ma capuche et mes cheveux qui tombent bas sur mon front. Je détourne les yeux, dégoûté.
La route qui mène au collège est déserte à cette heure. Seul le vent me tient compagnie, comme tous les matins.

J'arrive en retard en cours. J'ai l'habitude. Vraisemblablement, ma prof de français aussi ; elle me jette un regard agacé et replonge aussitôt dans le récit de la vie de Rimbault. Je supporte sans broncher le poids des yeux moqueurs, haineux ou encore porteurs d'une pitié répugnante qui me suivent jusqu'à ce que je m'installe à ma place, au fond de la classe.
Je sors mon carnet de dessin. Je feuillette les premières pages. Les inscriptions s'y entassent sans aucune logique 'Un jour, ils sauront qui je suis', 'Il n'y a rien à perdre', 'Je ne peux plus supporter la douleur', 'Je ne peux plus combattre la douleur, je ne peux plus combattre la douleur'... Je ne peux plus combattre la douleur. Je retrouve la page laissée inachevée la veille. J'y ai représenté une voiture. J'aime les voitures. Elles sont belles, fascinantes, et ne me torturent pas mon esprit comme les autres le font. J'aime les voitures. Pendant que les heures, les cours se succèdent, je continue à crayonner cette page qui finit par m'obséder. C'est le seul moyen que j'ai trouvé de survivre à mon quotidien. M'absorber dans ma passion. Parfois, je me persuade que c'est un jeu, plonger dans la douleur sans prendre mon souffle et tester combien de temps je peux tenir. Mais hélas je ne suis pas bon à ce genre de parties. 'Je ne peux combattre la douleur'. Cette voiture prenant vie sous mon trait douloureux m'inspire des envies, infiniment attrayantes, morbides et effrayantes à la fois. Et pourtant, pourquoi pas ? 'Il n'y a rien à perdre'. Mon cerveau se met en pause, mon c½ur meurtri prend la relève. Des mots remplis de souffrance s'inscrivent autour de la voiture. Peu importe qui les lira. Peu importe que quelqu'un les lise...

Je suis assis dans le couloir. Devant moi, des adolescents égoïstes et méprisables tergiversent sur leur existence paisible, s'inventent des problèmes, et ne souffrent jamais, leur âme est entière et leur corps n'est pas recouvert d'hématomes. Je me lève lentement. Je ne presse jamais. Personne ne m'attend nulle part. Je crois que ce soir, je vais mettre fin à mon errance insensée. J'aurais juste aimé qu'un jour quelqu'un, quelque part, me comprenne. 'Un jour, ils sauront qui je suis'. Qui j'étais.
Un groupe de jeunes se dirigent vers moi à grands pas, à leur tête une fille blonde au sourire sadique. Je m'éloigne doucement, mais ils m'ont vu. Ils sont sur moi. Ils me poussent. Ils me frappent. Ils m'insultent. Elle arrache le carnet de dessin de mes bras protecteurs. Elle m'arrache mon âme. Je me défends faiblement. Ils me repoussent. Je tends le bras. Ils rient. Ils rient. 'Je ne peux plus combattre la douleur'.

Je cours. A travers les couloirs, les escaliers, je cours et mon c½ur pleure. La gorge serré, je gémis, je m'étrangle avec ma peine, mais pas une seconde je n'arrête de courir. Je sais où je vais. Il n'y a rien à perdre.
J'y suis. Un garage au sous-sol. Et ici, une voiture. Une si belle voiture. Je veux mourir. JE VEUX MOURIR !
Ma main effectue des gestes que mon esprit déjà mort ne contrôle plus. Je prends la clé. Je connecte le tuyau au pot d'échappement, ouvre la fenêtre, y passe l'autre extrémité. J'entre dans la voiture. Tourne la clé.
L'air s'obscurcit. Respirer devient difficile. Oui, j'aime les voitures. Mes poumons hurlent à l'unisson avec ma gorge et toute ma vie. Je ne peux plus combattre la douleur. Je ne peux plus combattre la douleur. Je ne peux plus combattre la douleur. La douleur. La fille blonde. Sadique. Un jour, ils sauront qui je suis. Les voitures. Le vent. Le vent, tous les matins. J'ai mal. Je ne peux plus. Combattre. La douleur.









Dans le couloir vide, un carnet de dessin gît ouvert sur le carrelage. Autour d'une ébauche de voiture, des lignes maladroites délivrent ce message :
« Je le ferai. Je vous montrerai. Vous saurez qui je suis. Vous lirez ceci et saurez qui je suis. Il n'y a plus rien à perdre. Je ne peux plus combattre la douleur. »

# Posté le samedi 26 avril 2008 16:35

Modifié le samedi 26 avril 2008 16:48

L'argent n'a pas d'odeur

L'argent n'a pas d'odeur
L'ARGENT N'A PAS D'ODEUR

La nuit. Un homme marche seul dans la rue. Ce soir il va commettre un meurtre. Et il le fera sans état d'âme. L'argent justifie beaucoup de choses...

Il a une démarche assurée. Ce n'est pas la première fois qu'il fait ça. Cela fera bientôt deux ans qu'il tue pour le compte de son supérieur, et son c½ur s'est endurci.
Son arme tangue au rythme de ses pas, accrochée à sa ceinture. 2000 euros. Une belle somme. Le boss a été plutôt généreux.
La consigne est simple : pas de traces. Pas de vacarme. Discrétion.

Il s'engage dans une ruelle déserte. Des bruits de voix lui parviennent depuis un coin éclairé. Il s'en approche. Il connaît parfaitement sa destination, sa victime, son métier.
Dans un renfoncement du mur se tient un petit bar, peu fréquenté mais qui survit malgré tout. Des voix puissantes d'hommes ivres en sortaient, redonnant un semblant de gaieté au lieu obscur au dehors. L'homme y jette un coup d'½il. Il est là. Saoul, comme tous les autres.
L'homme s'appuie contre un mur gris de façon à être invisible depuis l'intérieur du bar. Il attend.
Au bout de quelques minutes, trois hommes sortent du bar, trébuchant et s'esclaffant d'un ton déraillant. Il les salut de la main mais reste impassible. Il se fond dans le décor ; il veut se faire oublier. Il a l'habitude.
Les minutes passent, mais rien ne peut le faire bouger.
Enfin, il sort. Il est grand et ses cheveux grisonnent. Il est tellement banal. Il ressemble tellement aux autres. Aux autres, à ceux qui ont succombé avant lui à l'arme qui pendait au côté du meurtrier. Il tourne les yeux vers ce dernier ; il comprend. Il ouvre la bouche. Aucun son ne sort.
Il est mort.

L'homme range son arme et traîne le cadavre jusqu'à une bouche d'égout, où il lance le corps. Personne n'enquêtera. Personne ne le pleurera. Un homme seul est une proie si facile...
L'homme repart, sans un regard en arrière, sans un regret. Il va chercher son dû.
Ce n'est sûrement pas la dernière fois qu'il le fait. Il a besoin d'argent, il sait tuer. La prochaine fois, et la fois suivante encore, il tuera, récupèrera la somme convenue, il disparaîtra. Mais jamais sa main n'hésitera.
L'argent justifie beaucoup de choses.

# Posté le mardi 27 mai 2008 13:15

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 18:22